URBACT : Breaking Isolation prêt pour les tests
Dans le cadre du réseau de planification d'actions Breaking Isolation, il a été convenu que les phases d'idéation et d'expérimentation seraient considérées comme des phases clés et cruciales dans lesquelles investir.


Par Christophe Gouache, Expert principal
Pourquoi l'idéation et les actions de test sont-elles importantes ?
Parce que l'isolement social est un problème complexe et qu'il ne peut pas être résolu avec une solution unique, prête à l'emploi et simple. Comme l'a dit H. L. Mencken : « Pour chaque problème complexe, il existe une solution qui est claire, simple et erronée. » Si l'idéation est réalisée trop rapidement, il est très probable que les solutions proposées soient soit assez classiques, soit conventionnelles, et il est très improbable qu'elles explorent le problème à partir de nouvelles perspectives inattendues. L'idéation nécessite de la créativité. Et la créativité nécessite du temps et des esprits créatifs. Pour ces derniers, bien sûr, les villes peuvent compter sur la créativité de leurs Groupes Locaux URBACT... mais même si elles parviennent à rassembler des profils hétérogènes, elles ne rassemblent pas nécessairement des esprits créatifs.
« Nous avons été un peu déçus des idées qui en sont ressorties, car elles sont toutes assez ternes et classiques. Pas très nouvelles ou originales en tout cas, » a commenté un partenaire de la ville. De nombreuses autres villes ont approuvé ce commentaire.
En effet, les Groupes Locaux URBACT ont tendance à rassembler tous les experts, les partenaires institutionnels et toutes les personnes bien informées autour de la même table... ce qui est excellent pour garantir une bonne compréhension et des perspectives multiples sur l'isolement social, mais si nous mettons uniquement des professionnels autour de la table, il n'est pas entièrement surprenant qu'ils proposent des idées qui proviennent soit de leurs propres champs professionnels/sphères (un travailleur social aura tendance à voir les choses à travers une question de travail social, un médecin à travers un service lié à la santé, etc.), soit de choses qu'ils ont vues mises en œuvre ailleurs. Bien sûr, cette dernière option peut apporter des idées très prometteuses à la table, mais il s'agit souvent de choses déjà bien connues ou largement documentées, donc pas vraiment nouvelles ni surprenantes.
Bien que l'originalité ne soit pas un critère pour résoudre un problème, il y a une réelle valeur ajoutée à investir dans la phase d'idéation pour deux raisons principales :
- L'idéation peut vous permettre d'élargir le champ des idées que vous pourriez proposer et donc la richesse potentielle des futures actions de votre Plan d'Action Intégré (IAP).
- L'idéation peut vous permettre de considérer le problème sous des angles totalement nouveaux, atypiques, inattendus ou indirects. Et cela peut conduire à une innovation publique ou sociale (si testée et validée).
Pour soutenir la phase d'idéation, l'Expert principal a conçu trois outils de créativité ad hoc à utiliser librement par les villes : le concept merge game, les cartes What If, et le principe de fin alternative des histoires sur l'isolement (isolation story alternative ending). Et pour éviter que les partenaires ne soient bloqués par des idées « classiques », tous ont décidé de mener le processus d'idéation à travers plusieurs sessions ULG (et même avec des sessions parallèles en dehors des ULG avec des jeunes, des élus, des citoyens, etc.). En effet, ce que nous recherchons à ce stade, c'est le plus grand nombre d'idées possible, afin d'avoir un choix, de les comparer, de les mixer, de les évaluer.
Un processus d'idéation ne peut être réduit à un atelier de brainstorming avec des post-it en une seule fois.
Il nécessite de l'imagination créative, puis une digestion, puis une révision, puis une réexploration, etc.
Dans le réseau Breaking Isolation, les villes ont mené la phase d'idéation, grosso modo, de juin à décembre 2024. Et notre dernier meeting transnational de l'année 2024, qui a eu lieu à Roman, en Roumanie, a été le moment parfait pour que toutes les villes partagent avec les autres leurs idées potentielles d'actions testables (donc pas leur liste complète d'idées mais seulement celles qu'elles considèrent comme pouvant devenir des Actions Testables - de nombreuses idées pourraient devenir de futures actions de l'IAP mais certaines d'entre elles doivent d'abord être testées avant d'être envisagées pour l'IAP).
À Pombal, au Portugal, ils se concentrent sur « faire vivre les espaces » (comment le design des espaces publics peut-il améliorer les relations sociales ?) avec des initiatives comme des rues vivantes pour stimuler la vie sociale locale et les liens sociaux, mais aussi une équipe de soutien technique à domicile pour les personnes isolées.
À Serres, en Grèce, ils prévoient d'organiser des moments conviviaux de partage dans le quartier (par exemple, des tables de pique-nique collectives près du musée), de connecter les enfants et les personnes âgées (partage de compétences et de problèmes mutuels), ou de créer un site Web multi-thématique avec un assistant IA (afin d'aider les citoyens à trouver l'aide appropriée en fonction de leur situation).
À Isernia, en Italie, les idées d’actions testables incluent l’identification des individus isolés via des questionnaires, l’organisation de promenades sociales basées sur la nature (idée empruntée à Tonder, au Danemark), des événements sociaux éphémères, l’accueil d’ateliers de renforcement des compétences, la facilitation d’événements intergénérationnels (associer des jeunes et des personnes âgées), le jardinage urbain, des clubs sociaux pour livres et films en soirée, des événements sociaux autour du thé ou de l’aperitivo, ou encore un taxi solidaire (idée empruntée à Skofka Loka, en Slovénie, où des bénévoles âgés conduisent d’autres personnes âgées dans le besoin grâce à des voitures municipales).
À Fot, en Hongrie, on prévoit de sensibiliser le public via un stand Breaking Isolation au marché de Noël et de créer un café Breaking Isolation dans la bibliothèque publique. L’accent est également mis sur des initiatives de construction communautaire telles que le jardinage avec des ONG sociales (ROOTS) et l’organisation d’un événement autour d’un piano commun (Being together through music) au marché local, ou encore la mise en place d’un processus appelé frappez à la porte et rencontrez votre voisin.
À Skofja Loka, en Slovénie, les propositions d’actions testables incluent un garage public avec outils (bibliothèque d’outils) à utiliser par tous pour effectuer des réparations collectives (avec l’idée de rassembler des hommes isolés), l’extension d’un centre de jour pour personnes âgées, l’organisation d’événements culturels avec des billets gratuits pour les personnes âgées ou à mobilité réduite (idée inspirée par l’ordonnance culturelle de la Ville de Bruxelles), ainsi que des tournées de travailleurs sociaux à vélo pour rendre visite aux personnes isolées, et enfin la mise en place d’ateliers de sensibilisation contre le harcèlement et pour la maîtrise numérique.
À Roman, en Roumanie, on prévoit des ateliers en ligne et en présentiel pour le partage de compétences et les discussions, la traduction des chansons Breaking Isolation en roumain pour des chants de groupe, l’organisation de clubs de lecture virtuels pour encourager la socialisation, des formations pour améliorer les connaissances sur l’isolement social, des cours en ligne et hors ligne sur la gestion des émotions et de l’anxiété, des projets de bénévolat communautaire, etc.
À Agen, en France, les idées d’actions testables incluent la création d’une application pour signaler (et aider à identifier) les personnes isolées, l’organisation de « cafés délocalisés » animés par des professionnels de la santé, la mise en place d’ateliers vidéo pour les personnes ayant des familles éloignées, la création d’un auto-test pour évaluer son risque/situation d’isolement, ou encore la proposition d’hébergements étudiants gratuits dans des résidences pour seniors en échange d’un soutien social.
À Tonder, au Danemark, on envisage de désigner des « ministres sociaux » dans tous les clubs et organisations bénévoles (personnes responsables de surveiller les risques d’isolement), de proposer des compagnons pour accompagner les activités sociales, de créer une plateforme d’activités pour un accès facile aux informations sur les activités sociales et culturelles existantes, ou encore d’intégrer la thématique de l’isolement social dans les cours des écoles populaires (Folk School).
À Jumilla, en Espagne, on envisage des idées simples mais percutantes, comme le lancement d’un processus où l’on demanderait aux gens comment ils se sentent et quand ils ont parlé pour la dernière fois à un ami ou beaucoup ri (Comment ça va vraiment ?). On réfléchit aussi à la mise en œuvre d’une installation expérimentale de « nappe de table » qui, installée dans un espace public, servirait de point de rencontre pour accueillir des conversations.
À Bijelo Polje, au Monténégro, on prévoit des visites mutuelles entre les élèves des écoles primaires et secondaires et les personnes âgées dans les écoles et le centre de jour pour les seniors (avec des jeux sociaux et des échanges d’expériences de vie), des journées Roma – rencontres entre la population rom isolée et les autres dans les quartiers périphériques, mais aussi l’expansion de leur réseau de services de téléassistance (plus d’informations ici : https://cbibplus.eu/projects/1st-telecare-social-protection-service-for-elderly-people-in-montenegro-and-serbia-2/ ).
Avec toutes ces idées d’actions testables, le premier trimestre de l’année 2025 s’annonce sans aucun doute passionnant et riche en découvertes !
Publié le 27/12/2024